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Critique de presse :
HEART - par Adrian Arratoon - LONDRES
Traduit par Nicole Dufourd

Sebastiano Toma est le créateur du défricheur influent "Little Big World" : un mélange à couper le souffle de cirque, de musique et de supports visuels. Entre deux choses, il est le directeur artistique du festival européen du cirque jeune à Wiesbaden, en Allemagne, et il a également produit la nouvelle version graphique du film original de Wim Wenders Les Ailes du désir ( Wings of desire / Der Himmel über Berlin ).

Pour HEART, il a collaboré avec une artiste française talentueuse Lise Pauton. C'est une pièce de théâtre sombre et déconcertante qui révèle l'extraordinaire présence physique de Pauton, accompagnée d'une musique variant du style Hollywoodien mélodramatique des années 40 jusqu'à une troublante musique électronique.

Seule sur scène, Pauton est, pardonnez moi l'expression, le cœur du spectacle ( Cœur se dit HEART en anglais ). Présence irrésistible, elle est tour à tour sauvagement animale et délicieusement gracieuse. Elle joue un personnage apparemment enfermé ou habitant volontairement un endroit obscur, avec en arrière-plan des voiles blancs faisant comme une fenêtre donnant sur le monde extérieur. Avec son long rideau de chevelure noire recouvrant d'abord son visage, puis retombant jusqu'à la taille, elle est parfois plus créature que femme. Elle met tout de suite à vif les nerfs des spectateurs en brandissant une énorme paire de ciseaux de jardin. Va-t-elle se couper les cheveux ? La tête ? Un membre ? Tandis que le spectacle continue, elle devient tour à tour possédée et démoniaque, se démenant tout autour de la scène en un tourbillon terriblement physique avant de ralentir et de devenir plus calme et presque sereine.

Sa contorsion n'est pas qu'une simple démonstration de performance physique. Lorsqu'elle se ploie en arrière ou avance à quatre pattes, telle une araignée, c'est pour exprimer le sentiment de liberté, le manque de contrainte que possède le personnage.

HEART non seulement révèle les talents de Pauton mais exprime aussi une fascinante idée de liberté de corps.


HEART
Un aperçu « dansé » dans le cœur d’une femme
Le projet de danse « Heart » joue en ce moment dans le « Lessingtheater » à Wolfenbüttel : beaucoup d’applaudissements pour cette soirée particulière.
La danseuse Lise Pauton a créé des images fascinantes dans sa performance de danse « Heart ».

Celui qui s’apprête à regarder ce spectacle en voulant lui mettre une étiquette dès le début, se trompe. Ce qui était à voir jeudi dernier sur la scène du « Lessingtheater » était une allégorie « dansée », qui donnait des aperçus dans le cœur d’une femme.
Le décor est frugal. Deux rideaux de couleur claire sur la scène, un chariot, un fauteuil, quelques fleurs, sans plus. Il reste la présence extraordinaire de Lise Pauton, qui ressemble grâce à ses expressions fortes à une actrice de l’époque des films muets, où les émotions et les horaires de la journée sont marqués par des lumières différentes et qui demandent un jeu de mimes accentué.

Le cœur d’une femme, celui que Toma et Pauton ont mis sur scène, laisse beaucoup de place à l’interprétation. Des mouvements expressifs de danse et de contorsions embarquent le spectateur dans un voyage à travers le cœur d’une femme. Des émotions comme l’angoisse, l’amour, la joie, le deuil sont proches l’un de l’autre. Dans un parcours expressionniste nous voyons un cœur libéré, souffrant, un cœur joyeux, un cœur en deuil, présenté d’une façon animale, quelquefois soucieux, inquiet, autodestructeur et à la fin dénudé jusqu’avant s’envoler vers le ciel jubilant dans une robe de plume.

Lise Pauton exprime ce tourbillon d’émotions grâce à sa corporalité impressionnante et crée une chorégraphie convaincante avec des images grandioses et qui heureusement s’échappe à tout étiquetage. Les 70 minutes sont si divertissantes, qu’on ne sent pas le temps passer.  La diversité artistique et l’accompagnement merveilleux de lumières et de sons résonnent longtemps dans le cœur du spectateur.

Le metteur en scène Sebastiano Toma, connu entre autre pour son projet original « Tiger Lillies Freakshow » a déjà présenté son autre oeuvre« Little big World » au « Lessingtheater ». Récemment il a réalisé la nouvelle graphique « Himmel über Berlin » d’après le film de Wim Wenders «Les ailes de désir » qui plaira aux gens bibliophiles.
Avec son spectacle « Heart » Toma a à nouveau réussi un travail de théâtre très touchant confirmé par les applaudissements du public jeudi dernier.
De Frank Schildener - Braunschweiger Zeitung-03.02.2017 - Wolfenbüttel

HEART
LISE PAUTON - ou la grâce animale

Au-delà de toutes méthodes et styles connus Lise Pauton se lance dans des genres qui, au  premier regard, nous semblent inconnus. La danse, la contorsion, les mouvements se mélangent et explosent dans un feu d'artifice d'expressions qui mettent les spectateurs dans toutes sortes d'états d'emotions nouvelles.

Le monde dans lequel Lise Pauton se projette est ni figuratif ni abstrait. Son corps est le fil conducteur qui raconte sans mots une histoire, des histoires de l'univers interieur des êtres humains. En les regardant on plonge dans un état d'ivresse.

A travers la grâce de Lise Pauton les sculptures de Canovas semblent devenir vivantes, mais  c'est trompeur.
D'un moment à l'autre elle  devient animale et donne l'impression que le diable lui-même joue le rôle principal.
Elle se plie, se tord, et invente ainsi de nouveaux mouvements expressifs.
Pour paraphraser F. Kafka le jeu corporel de Lise Pauton est "la hache qui brise la mer gelée en nous".
Sebastiano Toma, 11.08.2015/ Hamburg


THE TIGER LILLIES FREAKSHOW
Le cabaret de l'étrange

 The Tiger Lillies créent un monde sombre, mystérieux, teinté d’humour noir et de poésie. Et au final, d'une grande beauté réalisé par Sebastiano Toma.
Après une première apparition au Luxembourg en 2005, avec la comédie musicale The Little Match Girl, le groupe, qui sévit depuis plus de vingt ans, vient présenter son barnum de monstres de foire, toujours motivé à disséquer les troubles de la condition humaine.
 

De notre journaliste Grégory Cimatti

Approchez, approchez, et entrez sans crainte dans le fantasque univers des Tigers Lillies, où le surréalisme rivalise avec l'humour, où les volutes du cabaret rencontrent le lyrisme de l'opéra. Depuis 1989, ce trio de clowns gothiques et transgressifs s'amuse en effet à prendre des chemins de traverse, décidé à ne pas rester enfermé dans une boîte, ni même dans un studio d'enregistrement, et ce, malgré plus de vingt albums au compteur. Et c'est au travers de collaborations inédites– Nan Goldin ou Kronos Quartet, pour ne citer qu'eux– que la troupe impose sa singularité scénique, comme ici, avec ce Freakshow.
Déjà à l'époque, le Piccadilly Theatre de Londres avait succombé aux charmes de leur désormais célèbre Shockheaded Peter, acclamé par quelque 95000 personnes, avant une tournée mondiale qui allait conforter leur statut de trublions irrévérencieux. Une fois encore, The Tigers Lillies n'y vont pas avec le dos de la cuillère avec ce spectacle qui convoque des monstres de foire, à l'instar des cabinets de curiosités des foires d'antan. «Mais il n'est pas question de nostalgie, prévient Martyn Jacques, fondateur du groupe et accordéon en bandoulière. Certes, on s'empare d'éléments du passé, mais ce n'est pas de la reproduction! On les met simplement à notre sauce.»

Femme-serpent et anges trapézistes
Et quelle est donc cette recette? Un judicieux mélange de provocation, d'élégance et de surréalisme. Chapeaux improbables, maquillages outranciers et accessoires qui frôlent le mauvais goût, le trio sait marier l'impertinence, l'humour noir et la poésie. Un style tout en décalage, dans un esprit typiquement «british». Normal que certains puissent y voir la touche des Monty Python, alors que d'autres citent volontiers Charles Dickens– dans une version plus trash– ou encore Kurt Weil et Tom Waits pour ce qui est de la musique. Bref, des références très hétéroclites.
C'est juste qu'il est difficile de coller une étiquette aux Tiger Lillies, dont la créativité, tout comme l'audace, sont sans frontières. Dégainant la scie musicale ou d'étranges percussions, le groupe passe sans frémir du punk à la musique «gipsy», en passant par le music-hall. Et son approche scénique est tout autant bigarrée. «C'est un mix éclectique, lâche Martyn Jacques. On n'a pas de limite, jouant avec des univers proches de la comédie, comme d'autres, très sombres et malsains. On essaye juste de les unifier autour d'un élément stylistique.»
Avec Freakshow, la troupe a ainsi combiné chansons aux textes «provocants et dérangeants», numéros de cirque, le tout mâtiné de notes burlesques et lyriques. Ainsi, dans une ambiance de foire, on découvre de nombreuses «curiosités»: la femme aux trois cœurs, le géant aux six bras, la femme-serpent, mais aussi des nains et des anges trapézistes... Et chacun de ses «freaks» montre un petit morceau de sa vie, qui est loin d'être rose. «Ces gens, de par l'apparence qu'ils renvoient, ont toujours été stigmatisés et exploités, poursuit-il. On peut parler ici de véritable cauchemar.»

Un miroir de la réalité
Il est vrai que Martyn Jacques a longtemps vécu au-dessus d'un bar malfamé de Soho. Dans les morceaux, «toujours originaux», dont il est l'auteur, on retrouve donc un monde de maquereaux, de prostituées et de toxicomanes. «Dans l'un des titres, une femme à barbe se fait violer par une bande de marins alcoolisés un samedi soir.» Oui, il y a plus gai comme thème, comme par exemple, l'addiction au crack et d'autres réjouissances tout aussi plombantes. Mais The Tiger Lilies enrobent ça d'envolées acrobatiques et de travestissements. Un cabaret brechtien de la condition humaine qui séduit par l'originalité de son interprétation.
Enfin, cet authentique spectacle de variété à la mode du temps passé, qui joue avec les extrêmes et «propose différentes grilles de lecture», renvoie aussi– et surtout– tel un miroir, notre propre image et les perceptions que l'on peut avoir de la norme et de la normalité. « Freakshow est une sorte de métaphore qui parle de l'étrangeté se trouvant dans chaque personne, lâche-t-il. Dans un sens, tout le monde a en lui sa part de bizarrerie et d'excentricité, qu'il cache sous des apparences saines. Mais au final, qu'est-ce qui est normal?»
Ce monde, fait de figures tout en anomalie et en «baroquerie», n'est donc pas si éloigné de la réalité quotidienne. Entre cruauté, mélancolie et drôlerie, The Tiger Lillies, tels des équilibristes, tissent un show sensible et intelligent, que son leader qualifie de «mainstream avant-gardiste». Une audace de plus.
CAPe - Ettelbruck.
Le  2012-01-05




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